La chasse à la baleine
Les
premiers contacts entre l'homme et la baleine remontent à la préhistoire: les
ossements trouvés sur différents sites en témoignent. Une baleine échouée
sur une plage devait constituer un apport considérable en protéines pour nos
lointains ancêtres. L'homme a osé s'attaquer sur mer aux cétacés dès le néolithique,
si l'on en juge par les dessins rupestres, vieux de 4 000 ans, découverts
en Norvège.
Les
Basques furent les premiers à pratiquer sur une grande échelle la chasse à la
baleine pour la viande et l'huile, près de leurs côtes dès le IXe siècle apr. J.-C.,
puis dans l'Atlantique Nord au XVe siècle, après la disparition de
l'animal du golfe de Gascogne. Les espèces concernées furent d'abord la
baleine franche de Biscaye, puis la baleine franche boréale: elles présentaient
l'avantage (par rapport aux rorquals) de ne pas couler après leur mort. Dès le
XVIe siècle, Anglais, Hollandais, Français et Allemands entrèrent dans
la course et chassèrent les animaux jusqu'à la limite des glaces arctiques. Au
XVIIIe siècle, les Américains recherchèrent le grand cachalot pour son
huile et dominèrent l'exploitation baleinière dans l'Atlantique, puis au XIXe siècle
dans le Pacifique. Au milieu du XIXe siècle, l'utilisation du pétrole
pour l'éclairage, à la place de l'huile animale, ralentit momentanément cette
activité meurtrière.
En 1868,
un capitaine norvégien, Svend Foyn, mit au point le canon lance-harpon. Installé
à l'avant des bateaux, cet engin redoutable propulsait un lourd harpon à longs
barbillons pivotants qui s'ouvrait comme un parapluie dans le corps de l'animal
grâce à l'explosion d'une grenade. On créa ensuite des «villages-usines»
dans le monde, puis, à partir de 1930, apparurent des flottilles
puissantes composées de navires chasseurs longs de 20 à 40 m et d'un
navire-usine (de 20 000 à 30 000 t) dont l'équipage (400 hommes) réceptionnait
les baleines, les dépeçait, puis stockait la viande.
Les
chiffres montrent combien la chasse à la baleine était devenue une énorme
industrie mondiale: la moyenne annuelle d'animaux capturés, une cinquantaine
avant 1880, s'élevait à 1 500 dès les années 1890, à 10 000 après 1910,
puis à 20 000 et jusqu'à 50 000 dans les années 1930.
Les
données recueillies par le Bureau des statistiques de pêche à la baleine (créé
à Oslo en 1929) ont mis en évidence la surexploitation et l'urgente nécessité
de fixer des quotas de chasse afin de protéger certaines espèces. Les représentants
de dix-neuf pays, réunis à Washington en 1946, signèrent la Convention
internationale pour la réglementation de la chasse de la baleine; la Commission
baleinière internationale (CBI), instituée en 1949, est chargée de
veiller au respect de cette réglementation: des espèces furent enfin protégées
(baleine franche, baleine grise), et quelques nations baleinières cessèrent la
chasse (Angleterre, Espagne, Hollande, France). Des quotas dégressifs par espèce
chassée furent fixés tous les ans, à l'adresse de chaque nation ou de chaque
population engagée dans la chasse aux baleines, mais de nombreuses infractions
furent commises.
Seuls
deux pays, le Japon et l'URSS, poursuivirent l'exploitation sur une grande échelle,
la Norvège se limitant à des captures au large de ses côtes et certains pays,
telle l'Islande, chassant les grands cétacés le long de leurs côtes pour le
compte du Japon. La CBI, pour arrêter la décimation des grands cétacés, a décrété
un moratoire pour la chasse industrielle qui est entré en vigueur en 1985.
S'il a été globalement respecté, certains pays, s'abritant derrière des
alibis scientifiques, continuent à tuer des cétacés. Par ailleurs, des
captures artisanales, ou chasses aborigènes, destinées à satisfaire les
besoins alimentaires locaux, se pratiquent encore en Alaska, en Sibérie, au
Canada et dans les Caraïbes.